Extrait de (…) Un chat à la fenêtre : Leïla

Extrait du second roman (…) Un chat à la fenêtre : 

Oui, je sais, je m’avance un peu mais je suis en plein dans l’écriture et je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager certains extraits 😉

Extrait du chapitre 9 : « La fille cendrier »

Les mots dansaient encore dans les yeux de Leïla. De la cendre dans les yeux. On lui avait ouvert le crâne pour y écraser de vieux mégots. Elle porta la main à sa ceinture, chercha son Laguiole, se souvint qu’elle l’avait perdu.

Jamais elle n’aurait dû y aller. Jamais, jamais. Elle ne quitterait plus jamais l’appartement. Elle ne voulait plus sortir. Elle se cala dans l’angle de la fenêtre. Quelques badauds dehors. Il lui paraissaient tous tellement dangereux.

Leïla était effrayante. Ses yeux s’étaient rétrécis, deux fentes par lesquelles s’échappaient toutes les flammes qui crépitaient en elle. Pas de larmes, non pas d’eau en Leïla. Le feu de la colère avait brûlé toute tristesse. Victime, elle refusait de l’être.

Elle n’était plus qu’une fille cendrier.

Extrait du chapitre 10 « Mon ombre m’a devancée »

Il faudrait encore des mois et des mois, voire des années pour guérir. Leïla, toi qui sais déjà tout ce qu’il y a à savoir sur ces hommes-là, pourquoi retournes-tu toujours vers eux ? Comme si invariablement tu cherchais le laid sous le beau, puis le beau sous le laid. C’est pas des hommes, ça c’est des oignons. Trente mille couches avant le coeur. Mais peut-être est-ce toi, Leïla, qui leur fabrique de l’épaisseur.

Elle avait voulu rentrer à l’hôtel le plus vite possible, mais s’était encore perdue. Elle avait parcouru la ville déserte pendant une bonne heure avant qu’un boulanger, qui ouvrait sa boutique, lui indique le chemin.

Leïla avait envie de pleurer. Elle avait peur. Cette peur froide qui met tous les sens aux aguets, qui fait que soudain plus rien ne compte, sinon rentrer en vie. Cette peur qui fait dégriser sec. Elle avait mal aux pieds et une de ses chaussures avait un trou, mais elle s’en foutait. Elle farfouillait juste son sac désespérément, à la recherche de son Laguiole.

[…]

Il lui fallait du mouvement. Elle ne pouvait rester dans une ville inconnue, à attendre un éventuel pardon. Alors elle avait fui Paris et ce foutu hôtel qui lui avait coûté un bras. Elle avait entassé ses affaires dans la valise et était partie. Avait pris le premier train. Sans se retourner sur cette ville qu’elle voulait ne plus jamais voir.

Dans le train, elle avait cessé de bouger. Des heures à ne rien faire. Puis le mouvement à nouveau, à l’entrée en gare de Bordeaux. Le temps de choper le bus. Puis plus rien, encore.

Elle était arrivée à l’appartement en début de soirée. Elle se sentait à bout de forces. Elle avait abandonné la valise à l’entrée et s’était blottie dans l’angle de la fenêtre. Surtout, par pitié, ne plus avoir à bouger. Plus jamais. Rester là. Pour toujours.

Leïla, petite princesse courroucée, avait envie de courir nus pieds dans l’herbe humide. Elle avait envie de grimper à un arbre, tout en haut, jusqu’à la cime. Elle avait besoin de sa solitude. Elle perdait pied en ville. Elle avait envie de tourner sur elle-même, la tête vers les étoiles. De rire. D’aimer simplement, sans personne pour lui expliquer si oui ou non c’est une bonne chose.

Leïla cherchait depuis deux heures l’entrée de son monde intérieur. Léo lui barrait la route.

Son monde à elle, c’était un château en cristal et des petites passerelles pour aller d’une tour à une autre. Avec des cordes transparentes sur lesquelles on jouait à la funambule.

C’était une immense prairie vallonnée, et la forêt au loin. C’était un jardin coloré et un ruisseau sous la brume. C’était une grande table qui rassemblerait enfin tous ceux qu’elle avait aimés. Un monde où on n’avait jamais de cendres dans les yeux.

Au lieu de quoi elle restait à l’entrée de son propre monde, impuissante à effacer les souvenirs gênants.

Elle avait juste envie d’oublier. Que Léo n’existe plus, qu’il n’ait jamais existé. Elle regardait les volutes de fumée se poser sur les carreaux de la fenêtre. Elle eut un regard pour les rideaux que le tabac avait fait jaunir. Il fallait qu’elle les lave, ça commençait à faire franchement pas net. Elle mit sur la balance son appartement et celui de Léo, immensément classe.

Elle se sentait tellement nulle.

La vie, c’est vraiment saoulant.

© Editions InSide Me, Loli Artesia, 2016

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