Un extrait de (…) Trop Peu : Dans la chambre

En exclusivité, un extrait de (…) Trop Peu :

Les mécanismes qui régissent le désir ne sont pas uniquement d’ordre biologique, et le romantisme n’y a pas vraiment sa place non plus. Au-delà du plaisir hédoniste, se mettent en place des rouages psychosociaux sur lesquels ils ne peuvent influer. L’acte amoureux va bien au-delà de sa fonction reproductrice. C’est d’abord un acte convenu. Régi par des normes de séduction préalable, ces dernières ne peuvent s’envisager décemment sans qu’il y ait à cela une finalité physique. C’est aussi en grande partie un acte narcissique, et c’est mensonge que de désirer le plaisir de l’autre, sans ajouter que ce plaisir nous renvoie une image agréable de nous-mêmes et qu’il est désiré en ce sens. C’est encore une volonté d’emprise sur l’autre, mais une volonté qui ne peut qu’être source de désappointement, l’emboîtement des corps ne signifiant pas l’enchevêtrement des consciences. Quoiqu’il se passe dans cette chambre, et quand bien même l’acte d’amour eût été consommé, il reste toujours deux individualités propres qui se défient et en aucun cas ne peuvent se confondre.

Chloé a allumé une cigarette pour cacher son trouble. Elle contemple d’un œil terne la fumée qui s’échappe par la fenêtre entrouverte. Elle a l’impression qu’ils se sont manqués, une fois de plus.

« Tu fumes toujours ? »

Elle hausse les épaules ; elle a envie de lui demander si lui se poudre toujours le nez, mais elle se contient. Pierre la regarde d’un air gêné. Incongru. Ce mot malheureux les a irréversiblement séparés. Elle aimerait changer la donne, mais c’est trop tard : Chloé s’est déjà enfoncée trop loin dans ses songes, son esprit s’engourdit, la voilà qui bascule au-delà d’elle-même, la voilà qui déjà n’est plus là. Elle balance entre irritation et mélancolie, perdue dans cette chambre, Pierre n’est plus qu’un mirage sans consistance.

Pourquoi tous ces gestes et ces mots qui ne lui ressemblent pas ? Elle ne l’a pas connu ainsi, elle l’a connu plus distant, plus lointain. Cette sincérité soudaine, cette émotion qu’elle n’a pas prévu, et puis être éconduite ainsi… Il remue en elle bien des sentiments qu’elle aurait souhaité oublier.

Elle pressent que la parenthèse sera écourtée, mais elle n’a pas envie de partir. Elle aimerait lui dire de s’en aller, ce foutu bellâtre égocentrique, de la laisser seule dans cette chambre qui lui plaît tant, elle a envie de tourner sur elle-même encore et encore et de se laisser tomber sur cet immense lit, de se recroqueviller, de s’endormir.

Pour l’heure, Pierre est dans cette chambre qui par sa présence la prive de la liberté d’être folle à sa guise, il tente encore vaguement d’habiller de mots un dialogue qui n’a pas lieu d’être.

« C’est quand même moins gênant que si cela t’était arrivé avec un inconnu, non ? »

Elle se demande s’il se paye sa tête. Elle en vient à penser qu’il ne l’a repoussée que pour reprendre le contrôle de la situation, les remettre en position d’inégalité et remporter la manche, une fois de plus.

Loli Artésia, (…) Trop Peu, Editions InSide Me

Sortie le 2 décembre 2016, commandable en souscription jusqu’au 26 novembre 2016

via le bon-de-souscription-trop-peu


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